Quelle magie pour quel moment de votre soirée ?

Les formes de la magie

Quelle magie pour quel moment de votre soirée ?

Il n’existe pas une magie, mais une dizaine. Elles ne se ressemblent pas, et surtout, elles ne se placent pas au même endroit de la soirée.

Cyril Regard · Magicien et mentaliste

Quand on cherche un magicien pour une soirée, on tombe d’abord sur des mots : close-up, magie de salon, mentalisme, grandes illusions, cartomagie. Une dizaine de termes qui recouvrent des métiers très différents, et rien, dans cette liste, ne dit lequel convient à une réception de cinquante personnes un vendredi soir.

La question utile n’est pas « quels sont les types de magie ». Elle tient en trois éléments : à quel moment de la soirée, devant combien de personnes, et dans quelle disposition. Un même magicien, avec le même savoir-faire, ne produit pas du tout le même effet selon la réponse.

Une précision d’abord, parce qu’elle règle la moitié des malentendus : le mot magie recouvre deux choses sans rapport. Il y a la magie que l’on dit surnaturelle, blanche, noire ou divinatoire, qui relève de la croyance et que personne ne vient chercher pour une soirée. Et il y a la magie de spectacle, fondée sur la technique, le travail et un accord tacite : tout le monde sait qu’il y a un procédé, personne ne veut le connaître. C’est de celle-là qu’il s’agit ici, et elle seule compte une dizaine de branches.

Voici les grandes familles, rangées non pas par ordre alphabétique, mais par le moment où chacune trouve sa place.

La magie de proximité

Quand les invités sont debout, un verre à la main, et que la soirée continue autour du magicien.

Le close-up

Le close-up se pratique à une trentaine de centimètres. Pas d’estrade, pas de micro, pas de sonorisation, rien à installer. Le magicien passe d’un groupe à l’autre pendant que la réception se poursuit, et chaque groupe reçoit sa version du moment.

C’est la forme la plus proche qui existe, et la plus exigeante pour celui qui la pratique : le public est tout autour, à moins d’un mètre, souvent au-dessus de l’épaule. Aucun angle mort, aucune coulisse, aucun décor pour aider. Rien que les mains et le regard.

C’est aussi la seule forme où le spectateur ne regarde pas un spectacle, mais en fait partie. La pièce vient de sa poche, la carte est signée de sa main, le mot choisi est le sien. Il ne raconte pas ce qu’il a vu, il raconte ce qui lui est arrivé.

C’est la spécialité de Cyril Regard, qui ne pratique que cette magie de proximité, et le format qui convient au cocktail, au moment d’accueil d’un séminaire, ou à l’apéritif d’un mariage.

La magie de rue

Même distance, tout autre contexte. Le magicien aborde des inconnus dans un lieu public, sans être attendu, et doit gagner leur attention en quelques secondes avant de la mériter. C’est un exercice de rue, avec ses codes, son rythme et son public de passage.

Elle partage la technique du close-up et à peu près rien d’autre. Dans une soirée, les invités ont été conviés, ils savent où ils sont et avec qui : le travail n’est plus de capter, il est de ne pas gâcher.

La magie de salon

Quand tout le monde regarde dans la même direction, en même temps.

La magie de salon se tient entre la proximité et la scène. Les invités sont assis, ou groupés face au magicien, sur un espace restreint et sans décor particulier. On reste dans une pièce, pas dans un théâtre.

C’est le format qui produit le basculement d’une soirée. Jusque-là, il y avait quinze conversations. Là, il n’y en a plus qu’une. Les effets y sont plus visuels et plus participatifs qu’en close-up, parce qu’ils doivent porter jusqu’au fond de la salle, mais l’échelle reste humaine : on voit encore les visages.

Ce format demande peu et il demande précisément. Un espace dégagé, un éclairage qui ne soit pas dans le dos du magicien, et le silence. C’est là que se joue tout l’art de guider le regard : quand quarante personnes fixent le même point, il faut savoir où elles ne regardent pas.

La magie sur scène

Et pourquoi elle ne convient pas à toutes les soirées.

Sur scène, le magicien est surélevé, les spectateurs sont installés en rangées, il y a un éclairage, une sonorisation, souvent une bande-son. La distance change tout : elle interdit le détail et autorise l’ampleur.

Les grandes illusions

La personne coupée en deux, la lévitation, la disparition d’un corps entier. Ce sont les effets que le grand public associe au mot magicien, ceux qui mettent la raison en défaut par la seule dimension de ce qu’ils montrent. Les grandes illusions closent traditionnellement un spectacle.

Elles supposent un plateau, des accès de service, une équipe, des heures de montage et un public assis à bonne distance. C’est un métier à part entière. Ce n’est pas celui d’une réception de cinquante personnes, et vouloir l’y faire entrer produit en général une soirée où l’on aura passé plus de temps à installer qu’à regarder.

La magie nouvelle

Née de la rencontre entre l’illusion et les arts de la scène, la magie nouvelle ne cherche pas l’effet mais l’émotion. Le réel s’y détourne au service d’un propos : un objet qui refuse de tomber raconte autre chose qu’un tour réussi. Elle se pratique en salle, en création, avec du temps.

La magie burlesque

Loufoque, décalée, volontiers costumée, elle assume le ratage comme moteur comique. Le tour échoue, puis réussit trop, puis échoue encore. C’est un registre de scène, très écrit malgré l’apparence, et il vieillit mal en petit comité.

Le pape ne croit pas en Dieu ; vous avez déjà vu un prestidigitateur qui croit à la magie, vous ?

Coluche

Le mentalisme

La seule discipline qui traverse les trois formats.

Le mentalisme ne fait rien apparaître. Il ne coupe rien, ne fait rien voler. Il travaille sur ce que les gens pensent, choisissent, dessinent ou se rappellent, et il se pratique aussi bien à trente centimètres que devant une salle entière.

C’est ce qui explique sa place à part. Un tour de cartes se raconte mal le lendemain : il faut les cartes. Un mot pensé et retrouvé se raconte en une phrase, et la personne qui le raconte y était. C’est en général de cela qu’on reparle au bureau le lundi.

C’est aussi la discipline la plus délicate à tenir. Elle touche à des croyances, et elle peut très vite basculer du côté de ceux qui prétendent avoir un don. Cyril Regard ne prétend rien de tel : il annonce un travail, pas un pouvoir. Un public exigeant est d’ailleurs le meilleur qui soit, parce qu’il sait exactement ce qu’il regarde.

Les disciplines à part entière

Elles ne désignent pas un format mais une matière, et se pratiquent aussi bien de près que de loin.

Les cartes

La cartomagie

La magie des cartes, la plus vaste et la plus travaillée de toutes. Un jeu tient dans une poche, ne demande aucune installation, et contient plus de possibilités que n’importe quel accessoire. C’est le terrain d’entraînement de presque tous les magiciens, et l’objet lui-même a une histoire plus longue qu’on ne l’imagine.

L’évasion

L’escapologie

L’art de se libérer. Menottes, camisole, malle immergée : c’est la spécialité qui a rendu Houdini célèbre. Elle relève autant de la préparation physique que de l’illusion, et elle appartient à la scène, pas au salon.

Le récit

La magie bizarre

Apparue à la fin des années 1960, elle renoue avec une magie ancienne et théâtrale. Le magicien y redevient conteur, parfois sorcier, et les effets naissent au fil d’une histoire volontiers sombre. Un registre de niche, rarement adapté à une soirée d’entreprise.

Et les écrans ?

Certains magiciens travaillent avec des outils numériques. C’est un choix légitime, et la technique a toujours nourri l’illusion, depuis les automates du dix-huitième siècle.

Cyril Regard n’en utilise aucun. À trente centimètres, un écran pose une vitre là où il faudrait des mains, et le spectateur sait très bien qu’un écran peut tout montrer. L’impossible ne tient que si rien ne peut être truqué entre lui et l’objet.

Trois repères pour choisir

Le cocktail
Invités debout, qui circulent, de 30 à 60 personnes : le close-up
Le moment assis
Tout le monde s’installe et regarde dans la même direction : la magie de salon
Le lendemain
On veut que les invités en reparlent au bureau : le mentalisme

Ces trois repères ne s’excluent pas. Une soirée bien menée en enchaîne souvent deux : du close-up pendant l’accueil, puis un moment où tout s’arrête. C’est même la construction la plus sûre, parce qu’elle épouse le rythme naturel d’une réception au lieu de le contrarier.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le close-up et la magie de salon ?

La distance et la disposition. En close-up, le magicien va d’un groupe à l’autre pendant que la soirée continue ; les invités sont debout, à quelques centimètres, et souvent tout autour de lui. En magie de salon, la soirée s’arrête : les invités sont assis ou groupés face à lui et regardent tous la même chose au même moment. Le close-up crée de l’intimité, le salon crée un moment collectif.

Combien de personnes peut-on réunir pour du close-up ?

Il n’y a pas de limite théorique puisque le magicien passe de groupe en groupe, mais il y a une limite de temps. Pour que chaque invité reçoive un vrai moment et non un passage, une soirée de 40 à 60 personnes est l’échelle où le close-up donne le meilleur. Au-delà, il faut arbitrer : soit allonger la durée, soit accepter que tout le monde ne soit pas touché.

Le mentalisme, est-ce vraiment de la magie ?

C’est une discipline de l’illusion, au même titre que les autres, avec ses techniques propres. Ce qui la distingue est son support : elle ne travaille pas sur des objets mais sur des choix, des souvenirs et des mots. Un mentaliste honnête n’annonce aucun don et ne prétend lire aucune pensée ; il propose une expérience, et c’est précisément ce cadre clair qui rend le moment agréable plutôt que gênant.

Faut-il prévoir une scène, une sonorisation ou un éclairage ?

Pour le close-up, rien du tout : il se pratique dans les conditions de la soirée, telles qu’elles sont. Pour un moment de salon, un espace dégagé et un éclairage qui ne soit pas placé derrière le magicien suffisent. Seules la scène et les grandes illusions imposent un plateau, des accès et du temps de montage, ce qui en fait un format d’un autre genre.

Le bon format n’est pas le plus impressionnant. C’est celui qui épouse la soirée que vous avez prévue.

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