Max Mavenl’homme en noir qui lisait dans les pensées
L’un des mentalistes les plus influents de l’histoire. En 2007, tout jeune magicien, je suis monté sur scène à ses côtés. Je n’ai rien compris. J’en garde un souvenir intact.
Il y a des artistes qu’on n’oublie pas, même quand on ne les a croisés qu’une fois. Max Maven fait partie de ceux-là. Vêtu de noir, le regard perçant sous une mèche taillée en pointe, il a passé sa vie à faire une chose que personne ne faisait comme lui : donner l’impression de lire dans les pensées, aussi bien à quelques mètres qu’à travers un écran de télévision.
Pour le monde de la magie, il reste l’un des mentalistes les plus influents de tous les temps. Pour moi, il restera surtout l’homme qui m’a totalement bluffé, un soir de septembre 2007, alors que j’avais tout juste dix-huit ans.
Le mentaliste qui lisait à travers l’écran
Avant de vous raconter mon histoire, regardez l’homme à l’oeuvre. Une grande partie de sa légende s’est construite à la télévision, où il a inventé une forme de mentalisme interactif : depuis votre salon, vous pensiez à une carte, et il semblait la deviner.
Max Maven et son mentalisme interactif, dans The World’s Greatest Magic (1997). Jouez le jeu : laissez-le deviner.
Le jour où je suis monté sur scène avec lui
Cet homme que vous venez de voir deviner les pensées à travers un écran, je l’ai eu face à moi, bien réel, un soir de 2007. En septembre, je participe pour la première fois au congrès de la Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs, le grand rendez-vous annuel de la magie. Quatre jours à Angers, des étoiles plein les yeux, et le sentiment grisant d’entrer enfin dans cette grande famille. Je suis jeune, passionné, encore tout neuf dans ce métier immense.
Et voilà que, lors d’une prestation, je suis choisi pour monter sur scène. Avec Max Maven. La légende du mentalisme, celle dont on lit le nom dans les livres, m’invite à ses côtés pour un numéro.
Ce qu’il m’a fait ce soir-là, je n’y ai rien compris. Rien. J’étais bluffé, sonné, incapable de trouver la moindre explication. Le genre de moment qui marque une vie de spectateur, et qui, quand on est soi-même magicien, vous rappelle exactement pourquoi vous avez choisi cet art.
« Il ne m’a pas trompé avec un tour compliqué. Il m’a trompé avec une maîtrise parfaite. »
Des années plus tard, j’ai fini par comprendre comment il s’y était pris. Et la vérité m’a saisi une seconde fois : le principe était d’une simplicité désarmante. Tout le génie tenait ailleurs. Dans l’exécution, le timing, le choix des mots, et ce charisme d’une puissance rare qui transformait une idée toute simple en souvenir inoubliable. C’est peut-être la plus belle leçon qu’un jeune mentaliste puisse recevoir.
Phil Goldstein, devenu Max Maven
Derrière le personnage se cachait Philip Goldstein, né le 21 décembre 1950 et élevé à Boston, dans une famille où l’on parlait aussi bien d’art chinois que d’astrophysique. Au milieu des années 1970, il façonne le personnage de Max Maven : le costume noir, la barbe en pointe, la fameuse mèche en V sur le front, et surtout un mentalisme cérébral, élégant, souvent teinté d’humour noir. Il finira par adopter légalement ce nom de scène, tout en signant Phil Goldstein ses écrits techniques. Magic Magazine l’a classé parmi les cent magiciens les plus influents du XXe siècle.
Un inventeur d’effets
Auteur prolifique, il a imaginé des centaines d’effets repris par les magiciens du monde entier. Son tour B’Wave, une prédiction de mentalisme aux cartes, est cité par beaucoup comme l’un des meilleurs tours de close-up du XXe siècle.
L’homme de l’ombre des stars
Consultant recherché, il a nourri les spectacles des plus grands, de Harry Blackstone Jr. à Penn & Teller, de Siegfried & Roy à David Copperfield, dont je raconte ailleurs le projet le plus fou : faire disparaître la Lune.
Une mémoire de la magie
Immense connaisseur de l’histoire de son art, il tenait à créditer les inventeurs des idées. Honoré partout, du Japon, où il se produisait en japonais, jusqu’aux plus hautes distinctions de la magie mondiale.
Pionnier de la télévision interactive, comédien de scène, historien, il aura marqué tous les terrains du mentalisme. Max Maven s’est éteint le 1er novembre 2022, à Los Angeles, à l’âge de 71 ans, emporté par un cancer du cerveau. Il laisse un documentaire justement intitulé A Fabulous Monster, et l’admiration intacte de tous ceux qui l’ont vu à l’oeuvre. Son nom figure naturellement parmi les grands noms de l’histoire de la magie.
Le charisme, plus fort que le secret
On a beau connaître les principes, c’est la présence qui fait tout. Le regard, le verbe, le silence au bon moment. Regardez-le lire dans les pensées, et vous comprendrez ce qui m’a saisi, ce soir-là, à Angers.
Max Maven en lecture de pensées (The Best of Magic, 1990). Tout se joue dans le regard et le verbe.
Pourquoi tout mentaliste devrait l’étudier
L’influence de Max Maven ne se mesure pas au nombre de ses tours, mais à sa manière de les présenter. Le style, le verbe, la présence : chez lui, l’effet n’était qu’un prétexte à une expérience. Il a prouvé qu’un mentaliste n’a pas besoin de gadgets pour fasciner, mais d’un point de vue, d’une écriture, d’une voix reconnaissable entre mille.
C’est la leçon que j’ai emportée d’Angers sans le savoir encore : les plus grands ne sont pas ceux qui détiennent les secrets les mieux gardés, mais ceux qui les servent avec le plus de justesse. Un principe simple, entre les mains d’un artiste, peut devenir un moment que l’on n’oublie jamais.
C’est cette conviction qui guide mon propre travail, lors des soirées d’entreprise et des réceptions privées : un mentalisme et un close-up pensés non pour prouver quelque chose, mais pour offrir, à quelques centimètres de vos invités, ce même vertige qui m’a saisi face à Max Maven.
Questions fréquentes
Qui était Max Maven ?
Max Maven (1950-2022) était un mentaliste et magicien américain, considéré comme l’un des plus influents de l’histoire. Pionnier du mentalisme interactif à la télévision, créateur de centaines d’effets et consultant des plus grands noms de la magie, il a marqué durablement son art.
Quel était le vrai nom de Max Maven ?
Son vrai nom était Philip Goldstein. Il a créé le personnage de Max Maven au milieu des années 1970, puis a fini par adopter légalement ce nom de scène, tout en signant Phil Goldstein ses écrits techniques destinés aux magiciens.
De quoi Max Maven est-il mort ?
Max Maven s’est éteint le 1er novembre 2022, à Los Angeles, à l’âge de 71 ans, des suites d’un cancer du cerveau (un glioblastome) contre lequel il luttait depuis deux ans.
Quel est l’effet le plus célèbre de Max Maven ?
Le plus connu est sans doute B’Wave, une prédiction de mentalisme réalisée avec un jeu de cartes, saluée par de nombreux magiciens comme l’un des meilleurs tours de close-up du XXe siècle. Il a imaginé des centaines d’autres effets repris dans le monde entier.
Cyril Regard a-t-il vraiment rencontré Max Maven ?
Oui. En septembre 2007, lors du 41e congrès de la FFAP à Angers, Cyril Regard, alors tout jeune magicien, a été choisi pour monter sur scène avec Max Maven, le temps d’un numéro qui l’a totalement bluffé. Un souvenir qu’il partage dans cet article.