Houdini, l’illusionniste

Le roi de l’évasion

Harry Houdinil’homme qui défiait la mort, puis les imposteurs

Tout le monde connaît son nom. Presque personne ne connaît ses deux vies : le plus grand évadé de tous les temps, et le traqueur de faux médiums le plus redouté de son époque.

Par Cyril Regard · Magicien et Mentaliste
1874-1926
de Budapest à la légende mondiale
31 octobre
il s’éteint un soir de Halloween, en 1926
Rosabelle
le mot de passe promis à Bess depuis l’au-delà

Il n’existe peut-être pas, dans toute l’histoire de la magie, de nom plus célèbre que le sien. Houdini. Un mot devenu synonyme d’évasion, de chaînes brisées et d’impossible rendu banal. Pourtant, derrière la légende se cachent deux hommes que presque tout oppose.

Le premier est un showman insatiable, le roi de l’évasion, celui qui se faisait jeter menotté dans une rivière glacée pour le seul plaisir d’en ressortir vivant. Le second, plus secret, a consacré la fin de sa vie à traquer les charlatans qui prétendaient parler aux morts. Et c’est ce second Houdini, le chercheur de vraie magie, qui a inspiré l’un de mes spectacles.

Je ne l’ai jamais rencontré : il s’est éteint bien avant ma naissance. Et pourtant, chaque fois que je présente mon spectacle Spirit, lors de mes Soirées de l’étrange, c’est un peu son ombre que je convoque. Laissez-moi vous raconter la double vie de l’homme qui défiait la mort.

Acte I, le show

Le roi de l’évasion

Au tournant du vingtième siècle, un homme menotté se fait suspendre la tête en bas au-dessus d’une foule de dizaines de milliers de curieux, et se libère d’une camisole de force en quelques minutes. Ces images, filmées il y a plus d’un siècle, ont encore de quoi couper le souffle.

Houdini se libère d’une camisole de force, suspendu au-dessus de la foule. Images d’archives.

Qui était Harry Houdini

De Budapest à la conquête du monde

Contrairement à ce qu’il aimait raconter, Harry Houdini n’est pas né dans le Wisconsin. Il voit le jour le 24 mars 1874 à Budapest, sous le nom d’Erik Weisz. Fils d’un rabbin, il émigre tout enfant avec sa famille aux États-Unis, où le prénom devient Ehrich et le patronyme Weiss. La famille s’installe d’abord à Appleton, dans le Wisconsin, cette ville qu’il revendiquera plus tard, faussement, comme son berceau.

Adolescent, il dévore l’autobiographie d’un maître français, Jean-Eugène Robert-Houdin, considéré comme le père de la magie moderne. En hommage, il forge son nom de scène à partir du sien : Houdini. Le jeune Ehrich Weiss venait de naître une seconde fois. Ironie du destin, devenu célèbre, il retournera cette admiration en défiance et publiera un brûlot, The Unmasking of Robert-Houdin (1908), pour contester la gloire de son ancien modèle. Déjà, Houdini ne supportait pas les légendes usurpées.

Ses débuts sont laborieux. Il enchaîne les modestes numéros de cartes avant de trouver sa voie : l’évasion. À partir de 1899, il défie les polices du monde entier de parvenir à le garder enchaîné. Aucune n’y arrive. Le Roi des menottes est né, et la presse s’enflamme.

Acte I, la légende

L’homme qui défiait la mort

Toute sa vie, Houdini a repoussé la frontière du possible. Enfermé dans un bidon de lait rempli d’eau et cadenassé, immergé la tête en bas dans sa fameuse Cellule de torture chinoise, enseveli vivant, ligoté dans une camisole au sommet des gratte-ciel : chaque numéro était une négociation avec la mort, gagnée au dernier souffle.

« Mon cerveau est la clé qui me libère. »

Harry Houdini

Mais Houdini n’était pas qu’un évadé : c’était un génie de la mise en scène de soi. En janvier 1918, sur la scène de l’Hippodrome de New York, il fait disparaître sous les yeux du public une éléphante de plusieurs tonnes prénommée Jennie. Il avait compris, avant tout le monde, qu’un magicien ne vend pas un tour : il vend une légende. La sienne, il l’a bâtie comme personne, transformant chaque exploit en événement mondial.

Acte II, la quête

À la recherche de la vraie magie

En 1913, la mort de sa mère adorée le foudroie. Fou de chagrin, Houdini se met en quête d’un moyen de lui parler encore, une dernière fois. Il court les séances de spiritisme, alors en pleine vogue, espérant un signe de l’au-delà.

Ce qu’il y découvre le révolte. Partout, des médiums habiles exploitent la douleur des familles endeuillées avec des tables qui tournent et des voix truquées. Or le plus grand magicien du monde reconnaît, mieux que quiconque, les ficelles d’un métier qui est aussi le sien. Il déclare alors la guerre aux imposteurs.

Membre du comité d’enquête du magazine Scientific American, il démasque publiquement les faux voyants les uns après les autres. Son affrontement le plus célèbre l’oppose à Margery, une médium de Boston adulée, dont il révèle les manœuvres devant la presse. Houdini y gagne une réputation nouvelle : celle du briseur d’illusions.

Cette croisade lui coûte une amitié précieuse, celle de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes. Spirite convaincu, l’écrivain était persuadé que Houdini possédait de réels pouvoirs et refusait de le croire quand celui-ci jurait le contraire. Les deux hommes se brouillèrent, chacun campé sur sa vérité.

Quelques repères

Une vie hors norme

1874
Naissance le 24 mars à Budapest, sous le nom d’Erik Weisz
1908
Il publie The Unmasking of Robert-Houdin, contre son ancien modèle
1918
Il fait disparaître une éléphante à l’Hippodrome de New York
1926
Il s’éteint le soir de Halloween, à Detroit
Un seul homme, plusieurs vies

Trois visages de Houdini

Derrière les chaînes brisées se cache un parcours d’une richesse rare, mené sur tous les fronts à la fois.

L’évadé

Le roi des chaînes

Bidons scellés, cellules immergées, camisoles au sommet des immeubles : il a fait de l’évasion un art où chaque seconde comptait, et où le public retenait son souffle avec lui.

Le sceptique

Le briseur d’illusions

Parce qu’il connaissait tous les secrets, il devint le pire cauchemar des faux médiums. Sa quête d’une vraie magie s’acheva en croisade contre ceux qui prétendaient en détenir une.

L’amoureux

La dernière promesse

À son épouse Bess, il jura de revenir lui parler, s’il le pouvait, d’entre les morts. Un mot de passe secret, et dix années d’attente : le seul tour qu’il ne réussit jamais.

Le regard de Cyril

Ce que Houdini m’a soufflé

De toutes les figures de notre art, Houdini est sans doute celle qui m’a marqué en deux temps. Comme tout le monde, j’ai d’abord été fasciné par le showman, l’évadé, l’homme qui riait de la mort. Puis, en grandissant dans le métier, c’est l’autre Houdini qui m’a saisi : celui qui cherchait la vraie magie et qui, ne la trouvant pas chez les charlatans, choisit de les démasquer.

C’est précisément ce Houdini là qui a inspiré mon spectacle Spirit, présenté lors de mes Soirées de l’étrange, au Salon des Illusions. J’y recrée l’atmosphère troublante des séances de spiritisme d’autrefois, tables qui frappent et esprits qui semblent répondre, mais avec une différence essentielle, la même que la sienne : je ne prétends à aucun pouvoir. Tout y est illusion, et c’est assumé.

Là où un Uri Geller a juré toute sa vie que ses pouvoirs étaient réels, Houdini, lui, a passé la sienne à prouver le contraire. Je me range, sans hésiter, du côté de Houdini.

C’est peut-être ma façon de lui rendre hommage : offrir le frisson du surnaturel, tout en avouant qu’il s’agit d’un jeu. À ce titre, Uri Geller et lui forment un troublant miroir, et Houdini a toute sa place parmi les grands noms qui ont façonné notre art, aux côtés d’un Dai Vernon ou d’un David Blaine, cet héritier moderne qui a repris ses défis les plus fous.

Reste la plus belle de ses énigmes. Avant de mourir, Houdini confia à Bess un mot de passe secret, Rosabelle believe, qu’il s’engageait à lui transmettre depuis l’au-delà, si la chose était possible. Dix ans durant, chaque soir de Halloween, elle organisa une séance pour l’attendre. Le message ne vint jamais. Le plus grand évadé de l’histoire n’a jamais réussi cette ultime évasion. Ou peut-être a-t-il simplement voulu nous laisser, à nous magiciens, le soin d’entretenir le doute.

L’illusion, assumée

Spirit, dans l’esprit de Houdini

Puisque nous parlons de séances et d’esprits frappeurs, voici un aperçu de Spirit, mon spectacle de mentalisme et de spiritisme mis en scène au Salon des Illusions, à Reims. La même fascination pour l’au-delà que celle qui hantait Houdini, mais placée résolument du côté du jeu et de l’émotion partagée.

Spirit, le spectacle de Cyril Regard, dans l’esprit des Soirées de l’étrange.

À voir

Houdini, la mini-série

Si son histoire vous a saisi, je vous recommande chaleureusement la mini-série Houdini, diffusée en 2014. Adrien Brody y campe un illusionniste habité, une interprétation qui lui a valu une nomination aux Emmy Awards. En deux épisodes signés Nicholas Meyer, elle restitue avec panache la fièvre, l’orgueil et les tourments de l’homme qui se cachait derrière la légende. Un vrai coup de cœur, à savourer un soir d’hiver.

Questions fréquentes

Qui était Harry Houdini ?

Harry Houdini, de son vrai nom Erik Weisz, est un illusionniste américain d’origine hongroise né le 24 mars 1874 à Budapest et mort le 31 octobre 1926. Célèbre dans le monde entier comme le roi de l’évasion, il fut aussi l’un des plus redoutables pourfendeurs de faux médiums de son époque.

Houdini avait-il de vrais pouvoirs ?

Non, et il fut le premier à le clamer haut et fort. Houdini était un artiste au travail et à la préparation acharnés, pas un être surnaturel. Il a même consacré la fin de sa vie à démasquer ceux qui, eux, prétendaient en détenir. Un magicien offre de l’émerveillement, jamais du surnaturel.

Comment Harry Houdini est-il mort ?

Houdini s’est éteint le 31 octobre 1926, un soir de Halloween, d’une péritonite consécutive à une appendicite. La légende veut qu’il ait succombé aux coups qu’un étudiant lui porta au ventre quelques jours plus tôt à Montréal ; la médecine moderne penche plutôt pour une appendicite qu’il aurait négligée. Le mystère, comme souvent avec lui, n’a jamais été tout à fait levé.

Pourquoi s’appelait-il Houdini ?

Par admiration pour le magicien français Jean-Eugène Robert-Houdin, considéré comme le père de la magie moderne, dont il adapta le nom. Ironie de l’histoire, il finit par le renier dans un ouvrage resté célèbre, The Unmasking of Robert-Houdin, publié en 1908.

A-t-il réussi à communiquer avec sa femme après sa mort ?

Houdini avait convenu avec son épouse Bess d’un mot de passe secret, Rosabelle believe, qu’il tenterait de lui transmettre depuis l’au-delà. Pendant dix ans, elle organisa une séance chaque Halloween. Aucun message ne vint, et elle finit par renoncer, estimant que dix années d’attente suffisaient pour n’importe quel homme.

Existe-t-il une série ou un film sur Harry Houdini ?

Oui. Parmi les nombreuses adaptations, la mini-série Houdini (2014), avec Adrien Brody dans le rôle-titre, est particulièrement recommandable : deux épisodes signés Nicholas Meyer, salués par une nomination aux Emmy Awards, qui retracent avec force le parcours du maître de l’évasion.

« Le plus grand évadé de tous les temps n’a jamais promis de revenir. Il a promis d’essayer. Toute la magie tient dans cette nuance. »

Cyril Regard · Magicien et Mentaliste

L’auteur de cet article

Cyril Regard

Magicien et mentaliste professionnel depuis 2007, Cyril Regard signe des spectacles où l’illusion se vit au plus près du regard. Fasciné par l’héritage de Houdini, il a imaginé Spirit, une plongée dans l’univers des séances de spiritisme présentée lors de ses Soirées de l’étrange, au Salon des Illusions de Reims. Il intervient à Reims et partout en France, pour les événements d’entreprise et les réceptions privées les plus exigeantes.

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