Uri Gellerl’homme qui pliait le métal et les esprits
Une cuillère, un regard, et le monde entier s’est demandé s’il fallait y croire. Voici l’histoire de l’homme qui a transformé l’objet le plus banal en énigme planétaire.
Il existe, partout dans le monde, un objet que des millions de personnes ont fixé du regard en espérant le voir se courber. Une simple cuillère. Et si tant de mains se sont crispées sur leur argenterie, c’est à cause d’un seul homme : Uri Geller. Aucun magicien du vingtième siècle n’a autant divisé, fasciné et fait parler que ce jeune Israélien au sourire désarmant.
Je ne l’ai jamais rencontré. Pourtant, il est présent dans mon univers, physiquement : je conserve précieusement une cuillère qu’il a dédicacée de sa main, et son nom s’invite dans l’un de mes tours de close-up préférés. Laissez-moi vous raconter la légende la plus tordue de l’histoire de la magie.
1973, le monde se met à tordre ses cuillères
Au début des années 1970, cet inconnu débarque sur les plateaux de télévision et provoque une déflagration. Il effleure une cuillère du bout des doigts, et le métal semble s’amollir puis céder. Retrouvez, dans les archives de British Pathé, l’atmosphère de ces années où une planète entière retenait son souffle devant son poste.
Uri Geller dans les archives de 1973, au moment où la « Geller-mania » gagne le monde entier.
De Tel Aviv aux plateaux du monde entier
Uri Geller naît le 20 décembre 1946 à Tel Aviv, d’un père aux racines juives autrichiennes, ancien militaire, et d’une mère d’origine hongroise qui se disait lointaine parente de Sigmund Freud. Une ascendance déjà placée, comme par un clin d’œil du destin, sous le signe des ressorts cachés de l’esprit.
Après le divorce de ses parents, l’enfant suit sa mère à Nicosie, à Chypre, où il étudie au collège Terra Santa et apprend l’anglais. De retour en Israël adolescent, il s’engage comme parachutiste et combat lors de la guerre des Six Jours, en 1967, où il est blessé. Un temps mannequin, il présente ensuite ses premiers numéros dans les cabarets et les boîtes de nuit de Tel Aviv.
Tout bascule en 1971. Le parapsychologue américain Andrija Puharich le rencontre, se persuade d’être face à un phénomène authentique, et l’entraîne bientôt vers les États-Unis. En quelques mois, l’artiste de cabaret se retrouve propulsé sur les plus grands plateaux de la planète, présenté non pas comme un magicien, mais comme un homme doté de véritables pouvoirs.
Quand une cuillère fait trembler une nation
Le véritable tour de force d’Uri Geller ne fut pas de tordre une cuillère, mais de convaincre le monde de le faire avec lui. Lors de ses passages télévisés, il demandait aux téléspectateurs de sortir leurs couverts et d’aller chercher leurs montres arrêtées. Les standards des chaînes explosaient : partout, des familles juraient avoir vu l’argenterie se courber toute seule et de vieilles horloges se remettre en marche. Un phénomène de société, bien plus qu’un simple numéro.
« Sortez vos cuillères. »
En quelques années, son nom devient un verbe. « Geller » une cuillère, c’était la tordre par la seule pensée. Il n’était plus un artiste parmi d’autres : il était devenu une énigme dont tout le monde parlait, des cours de récréation aux dîners mondains.
La science, l’espionnage et les sceptiques
Ce qui distingue Geller de tous les autres, c’est qu’on l’a pris très au sérieux. En 1973, deux physiciens du Stanford Research Institute, Harold Puthoff et Russell Targ, le soumettent à une série d’expériences : il doit reproduire des dessins réalisés hors de sa vue. Les résultats, publiés en 1974 par la prestigieuse revue Nature, intriguent la communauté scientifique. En coulisses, ces travaux sont financés par la CIA et nourriront plus tard le fameux projet Stargate, le programme secret américain de « vision à distance ».
Mais toute légende a ses revers. Le 1er août 1973, invité du Tonight Show de Johnny Carson, lui-même ancien magicien, Geller se retrouve face à des accessoires qu’il n’a pas choisis. Ce soir-là, rien ne plie. Le magicien américain James Randi en fera ensuite une véritable croisade, tout comme, en France, l’illusionniste Gérard Majax, qui proposera en 1987 sa propre lecture du phénomène.
Alors, pouvoirs réels ou virtuosité de prestidigitateur ? Le débat n’a jamais été tranché, et c’est précisément ce qui a fait de lui une légende plutôt qu’un simple numéro de music-hall. Un magicien, lui, a sa petite idée sur la question. Mais un magicien ne la donne jamais.
Une vie hors norme
Trois vies d’un même homme
Derrière la cuillère tordue se cache un parcours d’une richesse rare, mené sur tous les fronts à la fois.
L’icône du petit écran
Des cabarets de Tel Aviv aux plateaux du monde entier, il a fait de la télévision son royaume. Il transformait chaque cuillère en événement national et savait, mieux que quiconque, tenir une salle et une caméra en haleine.
Le cas d’étude
Testé par des physiciens, courtisé par les services de renseignement, il demeure l’un des très rares artistes que la science et l’espionnage ont pris la peine d’examiner de près. Un mystère que les laboratoires eux-mêmes n’ont pas su clore.
Le mythe entretenu
Un temps dirigeant du club de football d’Exeter City, créateur de bijoux, auteur prolifique, il a fini par ouvrir à Jaffa un musée à sa propre gloire. Uri Geller n’a jamais cessé de mettre en scène Uri Geller.
Je ne l’ai jamais rencontré, et pourtant
De tous les artistes qui ont marqué mon métier, Uri Geller occupe une place à part. Je ne l’ai jamais croisé, et pourtant il est présent, concrètement, dans mon univers. Je garde parmi mes objets les plus précieux une cuillère qu’il a dédicacée de sa main. Un petit morceau de métal, banal en apparence, qui porte la signature de l’homme qui en a fait un mythe.
La torsion du métal est, au fil des années, devenue l’une de mes signatures en close-up. L’un de mes tours préférés consiste à faire ployer une fourchette au creux de la main de l’un de mes invités, à quelques centimètres de ses yeux. Et à cet instant précis, je prononce son nom. Car sans Uri Geller, ce moment n’aurait jamais tout à fait la même résonance.
L’art de l’illusion, assumé comme tel. Je ne promets pas de surnaturel, je promets de l’émerveillement, et le plaisir partagé de se laisser surprendre en le sachant. C’est peut-être la plus belle façon de rendre hommage à Geller tout en m’en distinguant. Cette magie de la torsion, je la présente au plus près des regards, en close-up, lors de soirées d’entreprise ou d’événements privés, là où l’émotion se vit à trente centimètres.
Uri Geller a, lui aussi, toute sa place parmi les grands noms qui ont façonné notre art, aux côtés d’un Dai Vernon ou d’un David Blaine. Chacun à sa manière, ils ont repoussé la frontière de ce que nous croyions possible.
La même matière, un autre parti pris
Puisque nous parlons de métal courbé et d’émotion partagée, voici quelques instants de mes prestations. La même fascination que celle des grandes années Geller, mais placée du côté de l’art et du jeu.
Cyril Regard, magicien et mentaliste, en représentation.
Questions fréquentes
Qui est Uri Geller ?
Uri Geller, né le 20 décembre 1946 à Tel Aviv, est un artiste et personnalité israélo-britannique, mondialement connu pour ses démonstrations de torsion de cuillères et ses effets présentés comme paranormaux. Star de la télévision dans les années 1970, il est devenu l’une des figures les plus célèbres et les plus discutées de l’histoire de la magie.
Uri Geller a-t-il de vrais pouvoirs, ou est-il magicien ?
Uri Geller a toujours affirmé que ses capacités étaient réelles. De nombreux magiciens, eux, y voient la marque d’un artiste d’exception maîtrisant parfaitement son art. Le débat n’a jamais été définitivement tranché, et c’est justement cette ambiguïté qui a nourri sa légende. Un magicien vend de l’émerveillement, pas des certitudes.
Comment Uri Geller tord-il les cuillères ?
C’est le secret le mieux gardé de son répertoire. Les magiciens connaissent plusieurs façons de créer cet effet troublant, mais la règle d’or de notre art est de ne jamais dévoiler le comment d’un tour. L’essentiel n’est pas la méthode, mais l’émotion et l’étonnement que le moment provoque.
La CIA a-t-elle vraiment testé Uri Geller ?
Oui. En 1973, il a été étudié au Stanford Research Institute par les physiciens Harold Puthoff et Russell Targ, dans le cadre de recherches financées par la CIA et publiées en 1974 par la revue Nature. Ces travaux ont contribué au projet Stargate, le programme américain consacré à la « vision à distance ». Peu d’artistes peuvent se targuer d’avoir intrigué les services de renseignement.
Que devient Uri Geller aujourd’hui ?
Toujours actif, Uri Geller vit à Jaffa, dans la banlieue de Tel Aviv, où il a ouvert en 2021 un musée entièrement consacré à sa carrière. Auteur d’une quinzaine de livres et personnalité publique inlassable, il continue d’entretenir, avec le même sourire, le mystère qui l’entoure depuis un demi-siècle.