Les origines de la magie

Histoire de la magie

Les origines de la magiede la préhistoire à la magie moderne, l’histoire de l’art le plus ancien du monde

Bien avant les scènes et les salons, la magie était une affaire de dieux, de prêtres et de mystère.

Par Cyril Regard · Magicien et Mentaliste
4 000 ans
le plus ancien récit d’un tour
515 av. J.-C.
le mot « magie » apparaît
XIXe siècle
naissance de la magie moderne

Nous connaissons tous la magie. Mais savons-nous vraiment d’où elle vient ? D’après certains historiens, elle serait aussi vieille que le monde. Des gravures attestent de pratiques magiques dès la préhistoire, le plus souvent sous forme de rituels religieux. À cette époque, la frontière entre prestidigitation, sorcellerie et croyance divine reste extrêmement floue.

Pour y voir plus clair, suivons le fil du temps : des temples de l’Antiquité aux jongleurs du Moyen Âge, du premier livre qui ose révéler les trucages jusqu’à la magie telle que vous la voyez aujourd’hui, à quelques centimètres de vos yeux.

2500 av. J.-C.
Beni Hassan, peut-être les premiers gobelets
515 av. J.-C.
première trace écrite du mot « magie »
XIIIe s.
la prestidigitation se sépare de la sorcellerie
1584
le premier livre qui dévoile les secrets
Avant l’Histoire

Aux origines : rituels et premiers mystères

Aux temps les plus reculés, la magie n’est pas un divertissement : c’est une tentative de dialoguer avec l’invisible. Les premières traces que nous en avons sont des rituels, mêlés de religion et de croyances. Personne, alors, ne distingue le prêtre, le sorcier et l’illusionniste : tous semblent détenir un pouvoir qui dépasse les hommes.

L’une des images les plus discutées de cette époque se trouve sur les parois d’une chambre funéraire de Beni Hassan, en Égypte, vers 2500 avant notre ère. On y voit deux hommes agenouillés au-dessus de quatre coupes renversées. Certains y reconnaissent l’ancêtre du tour des gobelets, le plus vieux tour de magie du monde ; d’autres, plus prudents, n’y voient qu’un jeu antique dont les règles nous échappent. Le mystère, déjà, reste entier.

Les plus anciens objets réellement truqués retrouvés à ce jour sont, eux, des vases de la Grèce antique remontant au VIe siècle avant notre ère. Quant au mot « magie » lui-même, sa première apparition connue figure dans des inscriptions perses datées de 515 avant notre ère.

L’âge des temples

La magie dans l’Antiquité

L’Antiquité entretient un rapport ambigu avec tout ce qui touche au magique. D’abord vue comme un relais entre l’homme et le divin, la magie est ensuite reniée, puis tenue pour hérétique. L’Ancien Testament est sans appel : « Tu ne laisseras pas vivre la sorcière » (Exode, XXII, 18). La pratique devient passible de représailles.

À cette époque, la magie est considérée comme un don. Ce n’est pas une discipline que l’on apprend, mais une disposition reçue à la naissance, qui donnerait accès à des pouvoirs surnaturels. Pourtant, en coulisses, les trucages existent bel et bien. Au Ier siècle de notre ère, Héron d’Alexandrie, grand ingénieur et mathématicien grec, décrit les mécanismes secrets des temples, qui servaient à asseoir l’autorité des prêtres : du vin coulait à la place de l’eau grâce à un réservoir caché, des portes s’ouvraient seules par la force d’un système hydraulique, et des flammes jaillissaient des vases au contact de quelques grains jetés sur l’eau. Les premiers effets spéciaux de l’humanité.

Le premier tour de l’histoire

Le plus ancien récit d’un tour de magie nous vient d’Égypte. Dans le papyrus Westcar, un magicien nommé Dédi, réputé âgé de cent dix ans, est convoqué à la cour du pharaon Khéops. Devant lui, il décapite une oie, puis un canard, puis un taureau, avant de leur rendre la vie en replaçant leur tête. Le texte est un conte, et non un compte rendu : il dit moins ce que faisaient les Égyptiens que le rêve, déjà très ancien, de défaire la mort le temps d’un instant. C’est aussi, il y a près de quatre mille ans, la première fois qu’un public se laisse émerveiller par un homme et son secret.

« Au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose. »

Sigmund Freud
Le grand tri

La magie au Moyen Âge

Le Moyen Âge a énormément contribué à l’évolution de la magie. Jusque-là, aucune distinction n’était faite entre art divinatoire, illusionnisme et sorcellerie. C’est à cette période que naissent les différents types de magie, qui parfois s’opposent : magie cérémonielle et naturelle, préventive et active, noire et blanche.

Le tournant

La grande séparation

C’est au début du XIIIe siècle que la magie au sens où nous l’entendons, la prestidigitation, se sépare enfin de la sorcellerie. Giovanni Balbi est le premier auteur à faire cette distinction dans ses écrits, sous le nom d’escamotage.

Une question de mot

L’escamotage

Le terme vient d’un tour fondateur : faire disparaître une petite noix de muscade, appelée « escamote », sous des gobelets. Le geste a donné son nom à tout un art, celui de faire évanouir un objet entre ses doigts.

Premier cachet

La magie, un métier

Au Moyen Âge, les jongleurs furent les premiers à être rémunérés pour exécuter des tours : tour des gobelets, cracheurs de feu, jeux d’adresse. La magie quitte le temple et devient un spectacle que l’on offre, et que l’on paie.

1584

Le livre qui sépara la magie de la sorcellerie

À la Renaissance, confondre un magicien et une sorcière n’est pas un détail : on en meurt. C’est dans ce climat qu’un gentilhomme anglais, Reginald Scot, publie en 1584 un ouvrage resté célèbre, The Discoverie of Witchcraft. Son intention est courageuse : prouver que les prétendus pouvoirs des sorcières ne sont, bien souvent, que des tours d’adresse, afin de mettre fin aux procès et aux bûchers.

Pour le démontrer, Scot explique noir sur blanc comment fonctionnent quelques illusions de son temps. Sans le vouloir, il signe ainsi le tout premier manuel de prestidigitation de l’histoire. La magie venait de gagner ce qui ferait sa noblesse : l’idée qu’elle est un art du geste et de l’esprit, et non un pacte avec le diable.

Quatre siècles plus tard, c’est encore cette promesse que tient un magicien face à vous : non pas vous faire croire au surnaturel, mais vous offrir, le temps d’un instant, le plaisir de ne pas comprendre.
Vers nous

La naissance de la magie moderne

Après le Moyen Âge, la magie poursuit son évolution et, surtout, sa théorisation. L’anthropologue James George Frazer distingue deux grands principes qui la gouvernent depuis toujours : le principe de similitude, selon lequel le semblable agit sur le semblable, et le principe de contiguïté, selon lequel des choses qui se sont touchées continuent d’agir l’une sur l’autre.

C’est aussi l’époque où l’art se trouve un nom. Au début du XIXe siècle, Jules de Rovère forge le mot prestidigitation, de l’italien « presto », rapide, et du latin « digitus », le doigt : littéralement, l’agilité des doigts. Le terme « illusionnisme », lui, apparaît à la fin du même siècle.

On ne peut évoquer les origines de la magie sans nommer Jean-Eugène Robert-Houdin, considéré comme le père de la magie moderne. Le premier, il fait monter la magie sur scène en habit de soirée, comme un art à part entière. Son succès inspire des générations de magiciens à travers le monde et provoque une véritable révolution de l’art au cours du XIXe siècle.

Aujourd’hui encore, la magie continue d’évoluer et de se réinventer, jusqu’à la magie numérique réalisée avec les outils de notre temps. Mais son cœur n’a pas changé depuis Beni Hassan : un homme, un secret, et le plaisir de voir l’impossible se produire sous vos yeux. C’est exactement ce que Cyril Regard pratique en close-up, à quelques centimètres de ses spectateurs, et en mentalisme, héritier direct des arts divinatoires d’autrefois, lors des soirées d’entreprise et des réceptions les plus exigeantes.

Questions fréquentes

D’où vient la magie ?

La magie est l’un des arts les plus anciens du monde. Ses premières traces, sous forme de rituels religieux, remontent à la préhistoire. Pendant des millénaires, elle est restée mêlée à la sorcellerie et aux croyances divines : c’est seulement au XIIIe siècle que la prestidigitation, l’art de l’illusion, a commencé à s’en distinguer.

Quel est le plus vieux tour de magie connu ?

Le plus ancien récit d’un tour nous vient du papyrus égyptien Westcar : le magicien Dédi y décapite des animaux avant de leur rendre la vie, devant le pharaon Khéops. Quant à la plus vieille image possible d’un tour, c’est la fresque de Beni Hassan, vers 2500 avant notre ère, où certains reconnaissent l’ancêtre du tour des gobelets.

Quelle est la différence entre la magie et la sorcellerie ?

La sorcellerie suppose un pouvoir surnaturel réel ; la magie, ou prestidigitation, est un art du spectacle qui repose sur l’adresse, la psychologie et la mise en scène. Cette distinction apparaît au XIIIe siècle, puis se confirme en 1584 lorsque Reginald Scot publie le premier ouvrage révélant que de prétendus sortilèges n’étaient que des tours.

Qui est le père de la magie moderne ?

Jean-Eugène Robert-Houdin, magicien français du XIXe siècle, est considéré comme le père de la magie moderne. Il a fait de la magie un art de scène respectable et a inspiré des générations d’illusionnistes dans le monde entier.

D’où vient le mot « prestidigitation » ?

Le mot est forgé au début du XIXe siècle par Jules de Rovère. Il vient de l’italien « presto », rapide, et du latin « digitus », le doigt : il désigne donc l’agilité des doigts nécessaire au magicien. Le terme « illusionnisme » apparaît un peu plus tard, à la fin du XIXe siècle.

« La magie a changé mille fois de visage. Sa promesse, elle, n’a jamais bougé : vous faire douter, un instant, de ce que vous croyez impossible. »

Cyril Regard · Magicien et Mentaliste
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