Les accessoires du magicien

Histoire & symboles

Les accessoires du magicienla baguette, le chapeau, la formule : d’où vient l’image de la magie ?

Un chapeau, un lapin blanc, une baguette et un mot, « Abracadabra ». Cette imagerie, nous la portons tous en nous. Mais d’où nous vient-elle vraiment ?

Par Cyril Regard · Magicien et Mentaliste
1814
le lapin sort du chapeau
IIe siècle
la première trace d’« Abracadabra »
XIXe siècle
le magicien en habit de soirée

Petits et grands, nous partageons tous la même image de la magie : un chapeau haut de forme, un beau lapin blanc, une baguette et la fameuse formule « Abracadabra ». Cette panoplie est si familière qu’on la croirait née avec la magie elle-même. Pourtant, chacun de ces accessoires a une histoire, une date, parfois un inventeur. Certains remontent à l’Antiquité, d’autres sont nés sur une scène parisienne il y a deux siècles à peine.

Suivons donc la piste de ces objets devenus des symboles. Vous verrez qu’au fond, l’accessoire du magicien n’a jamais été l’essentiel. Il n’est que le décor d’une promesse : celle de l’impossible, à portée de regard.

Le plus ancien des symboles

Aux origines de la baguette magique

Avant d’être une fine baguette, l’objet fut d’abord un bâton. Un bâton chargé de pouvoirs, qui traverse les plus grands textes de l’humanité. Dans la mythologie grecque, la magicienne Circé transforme les compagnons d’Ulysse en pourceaux d’un simple geste de son bâton. Dans la Bible, Moïse tient un bâton capable de se changer en serpent et de séparer les eaux. Partout, le bâton est le prolongement d’une volonté qui dépasse l’humain.

C’est au Moyen Âge que la baguette apparaît telle qu’on la connaît, au croisement de deux objets : la baguette dont on se servait pour commander aux apprentis, et ce vieux bâton magique des légendes. L’image s’est ensuite répandue grâce aux contes, notamment ceux de Charles Perrault, où la baguette de la bonne fée exauce les vœux de Cendrillon. De symbole d’autorité, la baguette est devenue symbole d’enchantement. Le geste, lui, n’a pas changé : on désigne, et le monde obéit.

« La baguette ne fait rien. Elle dit simplement au regard : c’est ici qu’il faut croire. »

Cyril Regard
Une scène, une date

Le chapeau et le lapin

Voilà un duo dont on connaît presque l’acte de naissance. En 1814, le prestidigitateur français Louis Comte, également réputé ventriloque, fait surgir un lapin blanc de son chapeau. Le tour est neuf, et l’effet immédiat. Présenté peu après devant le roi Louis XVIII, Comte recevra le titre flatteur de « physicien du roi », qu’il portera toute sa carrière. Son numéro devient une référence que l’on copie, décline et réinvente tout au long du XIXe siècle, jusqu’à devenir l’image classique du magicien. Le lapin blanc, lui, est resté pour toujours le compagnon du magicien, celui que l’on attend sous le chapeau.

Et le chapeau, dans tout cela ? Sa présence tient surtout à la mode de l’époque. En 1814, le chapeau haut-de-forme, que l’on appelait alors aussi claque ou gibus, coiffe toutes les têtes, y compris celles des artistes. Le magicien l’a adopté comme chacun, puis l’imagerie l’a figé pour de bon. De ce tour nous reste même une expression du quotidien : sortir quelque chose de son chapeau, c’est faire apparaître l’inattendu.

La formule la plus célèbre

L’incroyable histoire d’« Abracadabra »

Tout le monde la connaît, et presque personne n’en connaît l’origine. La vérité est que celle-ci demeure un mystère. Les linguistes le reconnaissent : aucune des hypothèses avancées n’est aujourd’hui prouvée. On a voulu y lire une phrase araméenne, « je crée selon ma parole », ou une expression hébraïque de bénédiction, mais ces filiations séduisantes restent des conjectures. Le mot garde son secret, et c’est peut-être ce qui lui va le mieux.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est sa première trace écrite. Au IIe siècle de notre ère, le médecin romain Serenus Sammonicus la consigne dans son ouvrage Liber Medicinalis. Et contre toute attente, « Abracadabra » n’y est pas une formule de spectacle : c’est un remède. On la croyait capable d’éloigner les fièvres, à condition de savoir l’employer.

Le mode d’emploi tenait dans une figure. « Abracadabra » compte onze lettres : il fallait l’inscrire en entier sur un parchemin, puis le répéter en retirant une lettre à chaque ligne, jusqu’à n’en laisser qu’une seule. Se dessinait alors une pyramide inversée, que l’on suspendait au cou du malade par un fil de lin.

ABRACADABRA ABRACADABR ABRACADAB ABRACADA ABRACAD ABRACA ABRAC ABRA ABR AB A
À mesure que les lettres s’effacent, le mal devait s’effacer aussi

L’idée était d’une logique poétique : en voyant le mot fondre lettre après lettre, la maladie était censée se retirer du corps de la même façon. La croyance eut la vie longue. En 1722 encore, Daniel Defoe la décrit dans son Journal de l’Année de la peste, où les Londoniens de la Grande Peste de 1665 portent au cou ce talisman en triangle. Puis la médecine a fait son œuvre, et « Abracadabra » a quitté l’infirmerie pour la scène. C’est très bien ainsi.

L’élégance comme signature

L’habit, ou l’invention du magicien moderne

Dernier emblème, et non le moindre : le costume. Longtemps, le prestidigitateur fut un homme de foire, en tenue tapageuse, jouant au sorcier ou au charlatan derrière une table drapée. Tout a changé avec un homme : Jean-Eugène Robert-Houdin, considéré comme le père de la magie moderne.

Au XIXe siècle, Robert-Houdin présente ses spectacles devant une clientèle aisée, vêtue avec raffinement. Plutôt que de jouer au mage, il choisit de s’habiller exactement comme son public : l’habit de soirée noir, les gants blancs, l’allure du gentleman. Il troque le costume de sorcier contre l’élégance du salon, et la magie change de monde. D’amusement de rue, elle devient un art que l’on reçoit chez soi. Les illustrateurs et les magiciens qui suivront s’inspireront tous de cette silhouette. C’est ainsi que l’habit est devenu, lui aussi, un accessoire du magicien.

Robert-Houdin l’avait compris avant tout le monde : le plus bel écrin de la magie n’est pas un déguisement, c’est une présence. L’élégance ne distrait pas du prodige, elle le rend crédible.
Les accessoires aujourd’hui

Mille objets, une seule magie

Les classiques ont survécu, d’autres sont passés de mode. Mais l’esprit, lui, n’a pas bougé.

La panoplie n’a jamais cessé de s’enrichir. Aux côtés de la baguette et du chapeau sont venus les cartes à jouer, les foulards de soie, les pièces, les cordes, les balles en mousse. Chaque magicien compose la sienne, selon son style et son époque. Et la magie la plus troublante n’a souvent besoin de presque rien : un objet du quotidien, emprunté à un invité, suffit à faire vaciller le réel.

Car au bout du compte, aucun accessoire ne fait le magicien. Une baguette ne lance aucun sort, un chapeau ne crée aucun lapin. Ce qui transforme l’objet en prodige, c’est la main qui le tient et le regard qui le guide. L’accessoire n’est qu’un point de départ. Le reste tient à l’art de celui qui s’en empare.

La magie, en vrai

Quand l’impossible se passe dans votre main

Pas de chapeau, pas de grande machine. Juste l’instant où vous cessez de comprendre.

C’est cette magie que pratique Cyril Regard lors des soirées d’entreprise et des réceptions privées : du close-up et du mentalisme à quelques centimètres de vos invités, avec leurs propres objets, leurs cartes, leurs pensées. Pour mesurer le chemin parcouru par cet art, des bateleurs aux scènes d’aujourd’hui, parcourez aussi les origines de la magie.

Questions fréquentes

D’où vient la baguette magique ?

La baguette descend du bâton magique des légendes, du bâton de Circé dans la mythologie grecque à celui de Moïse dans la Bible. Au Moyen Âge, elle prend sa forme actuelle au croisement de la baguette de commandement et de ce bâton enchanté. Les contes de Charles Perrault, avec la baguette de la fée, ont fini d’en faire un symbole universel.

Pourquoi les magiciens sortent-ils un lapin d’un chapeau ?

Le tour est attribué au prestidigitateur français Louis Comte, qui fit apparaître un lapin blanc de son chapeau en 1814. Depuis, le lapin blanc est le compagnon le plus célèbre du magicien, et le chapeau haut-de-forme (aussi appelé claque ou gibus) son couvre-chef emblématique. Le chapeau était alors à la mode : le magicien l’a adopté comme tout le monde. Le numéro a tant été repris qu’il est devenu l’image classique de la magie, et nous a laissé l’expression « sortir de son chapeau ».

Que signifie « Abracadabra » et d’où vient ce mot ?

Son origine est inconnue : aucune des étymologies proposées, araméenne ou hébraïque, n’est prouvée. Sa première trace écrite remonte au IIe siècle, chez le médecin romain Serenus Sammonicus, qui la prescrivait comme remède contre la fièvre. Le mot compte onze lettres, que l’on inscrivait en pyramide inversée sur une amulette portée au cou du malade.

Pourquoi les magiciens portent-ils un costume et un haut-de-forme ?

On le doit à Jean-Eugène Robert-Houdin, le père de la magie moderne. Au XIXe siècle, il abandonne la tenue de sorcier pour l’habit de soirée noir et les gants blancs, afin de ressembler à son public élégant. La magie passe ainsi de la foire au salon, et cette silhouette du gentleman est devenue celle du magicien classique.

Quels sont les accessoires du magicien ?

Les plus emblématiques sont la baguette, le chapeau haut de forme et l’habit de soirée. À cela s’ajoutent les outils du close-up : cartes à jouer, foulards, pièces, cordes, balles en mousse. Mais le plus souvent, un simple objet du quotidien emprunté à un spectateur suffit : l’accessoire ne fait pas la magie, c’est la main qui le tient.

« Les accessoires passent de mode. L’émerveillement, lui, est intact depuis le premier lapin sorti du premier chapeau. »

Cyril Regard · Magicien et Mentaliste

L’auteur de cet article

Cyril Regard

Magicien et mentaliste professionnel depuis 2007, Cyril Regard n’a pas besoin de chapeau ni de baguette : il fait surgir l’impossible à quelques centimètres des yeux de ses spectateurs. Spécialiste du close-up et du mentalisme, il accompagne les événements d’entreprise et les réceptions les plus exigeantes, partout en France.

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