Un bon magicien pose plus de questions qu’il n’en reçoit
Ce qu’un professionnel demande avant de parler de son travail, et ce que ses questions vous apprennent sur lui.
Le plus dur n’est pas de décider qu’il y aura de la magie. C’est ce qui vient juste après : trois noms, trois sites, trois échanges, et le sentiment très net que tout le monde dit la même chose. Professionnel. Expérimenté. Capable de s’adapter à tous les publics.
Les listes de critères que l’on trouve un peu partout n’aident pas beaucoup, pour une raison simple : elles sont écrites de telle façon que chacun peut cocher toutes les cases. Il existe pourtant un signal qui trie très vite, et il apparaît dans les cinq premières minutes de la conversation.
C’est le sens dans lequel vont les questions. Cette page n’est pas une grille de notation. C’est ce qui se passe de l’autre côté de la table, écrit par quelqu’un qui s’y assoit depuis 2007.
Celui qui vous interroge avant de se raconter
La première minute suffit presque toujours à savoir de quel côté on est.
Un magicien qui a joué beaucoup de soirées sait qu’il ne peut pas répondre avant de savoir à quoi il répond. Alors il demande. Combien d’invités. À quel moment. Debout ou assis. Y a-t-il un discours avant. Est-ce que la salle se connaît.
Celui qui commence par son répertoire vous décrit son spectacle. Celui qui commence par des questions décrit votre soirée. Ce sont deux conversations différentes, et une seule des deux se termine par une soirée qui vous ressemble.
« Tant qu’on ne m’a pas dit à quelle heure et devant qui, je ne sais pas encore de quel métier on parle. »
Ce n’est pas de la curiosité. C’est du repérage. Les quatre questions qui suivent sont celles qu’il pose, et vous pouvez très bien les poser avant lui.
À quel moment de la soirée, exactement ?
Avant le type de magie, il y a l’heure qu’il sera.
Un cocktail d’accueil, un creux entre le plat et le dessert, une fin de repas où tout le monde est assis et repu : ce sont trois soirées différentes, et elles n’appellent pas le même travail. Le moment décide du format bien avant les goûts de chacun.
L’erreur la plus fréquente consiste à placer un spectacle assis à l’instant précis où les invités ont envie de se lever et de se parler. La magie n’y peut rien, et le magicien non plus. À l’inverse, un passage de table en table pendant un discours coupe le discours, ce qui ne rend service à personne.
Si la question du format vous intéresse pour elle-même, une autre page range quelle magie convient à quel moment, du close-up à la scène. Ici, l’essentiel tient en une phrase : donnez-lui l’heure et le déroulé, il vous dira ce qui tient debout.
À quoi ressemble la pièce, vraiment ?
Une salle se décrit en trois choses, et sa surface n’en fait pas partie.
Le bruit, la lumière, la disposition. Un magicien pose ces questions parce que ce sont elles qui décident de ce qui est possible, et pas le nombre de mètres carrés annoncé par le lieu.
Une salle où tout le monde est debout, un verre à la main, se prête admirablement à la magie de proximité et très mal à un spectacle assis. Des tablées de dix, à l’inverse, se visitent l’une après l’autre, et il faut alors compter le temps réel : dix tables ne se font pas en vingt minutes, quoi qu’on en dise.
Le point à retenir : quelqu’un qui ne vous a jamais demandé combien il y avait de tables ne peut pas vous annoncer une durée. S’il l’annonce quand même, elle a été calculée sur une autre soirée que la vôtre.
Qui sont vos invités, et se connaissent-ils ?
Une salle qui se connaît ne réagit pas comme une salle qui se découvre.
Des collaborateurs qui se croisent tous les jours et des clients qui se rencontrent pour la première fois ne forment pas le même public. Dans le premier cas, le rire part vite et il se trouve toujours quelqu’un pour tendre la main. Dans le second, les premières minutes servent à donner à chacun la permission de réagir devant les autres.
Un magicien qui pose cette question est en train de préparer son entrée en matière. Celui qui ne la pose pas fera la même dans les deux cas, et elle fonctionnera une fois sur deux.
C’est aussi le moment de dire s’il y a des invités étrangers, et combien. Une soirée qui bascule en anglais à mi-parcours se prépare, elle ne s’improvise pas.
Ce que ses réponses vous apprennent
Trois signaux à écouter, dont un que personne n’attend.
Celui qui dit oui à tout. Un professionnel dit non à quelque chose. Il a un format qu’il ne fait pas, un moment qu’il refuse, une taille de salle au-delà de laquelle son travail ne tient plus. Quelqu’un qui accepte toutes les configurations ne les a pas toutes essayées.
Celui qui ne demande jamais le nombre. Le nombre d’invités et le nombre de tables sont la contrainte principale de la magie de proximité. Ne pas les demander, c’est répondre au hasard.
Celui qui promet de s’adapter sans demander à quoi. L’adaptation est un mot que tout le monde écrit sur son site. Elle ne veut rien dire tant qu’elle ne porte pas sur quelque chose de précis, et le précis, il faut aller le chercher chez vous.
« Le meilleur signe, c’est un magicien qui vous dit ce qui ne marchera pas dans votre soirée. Il vient de vous montrer qu’il l’a imaginée. »
Un magicien qui a tout accepté n’a rien essayé. Celui qui vous prévient d’une limite vous prévient aussi qu’il connaît son métier.
Ce qui se vérifie, et ce qui ne se vérifie pas
La vidéo prouve moins qu’on ne le croit. Le reste se contrôle très bien.
Une vidéo est montée, et les réactions qu’on y voit ont été choisies. Elle ne prouve pas que votre soirée se passera bien. Elle prouve autre chose, qui n’est pas rien : elle vous dit si vous supportez de regarder cette personne pendant dix minutes. C’est déjà une information, et elle est plus fiable qu’un argumentaire.
Ce qui se vérifie vraiment, ce sont les avis, et surtout le nombre de soirées du même type que la vôtre. Quelqu’un qui a fait trente soirées d’entreprise sait ce qui se passe quand les discours débordent d’une demi-heure, parce que ça lui est arrivé trente fois.
Ce qui ne se vérifie pas à l’avance, c’est l’accord avec votre salle à vous. D’où l’importance de la conversation, qui en dit plus long qu’un dossier. Un échange sérieux se termine d’ailleurs par une proposition écrite qui précise la durée, le nombre d’interventions et ce qui est prévu si la soirée prend du retard.
Une fois le choix fait, le reste se prépare : ce qu’il y a à caler avant le jour J tient sur une page, et c’est la même pour tout le monde.
Ce qu’aucun magicien ne peut vous promettre
Parce qu’une page honnête dit aussi ce qu’elle ne sait pas faire.
Personne ne peut vous promettre l’émerveillement si la soirée est construite contre lui : un spectacle placé au moment où les gens veulent partir, une salle trop grande pour de la magie de proximité, une sonorisation qui ne porte pas jusqu’au fond. Le choix du magicien ne rattrape pas le choix du moment.
Personne ne peut vous promettre non plus deux soirées identiques. Le même travail ne produit pas le même effet sur deux salles différentes, et ce qu’une salle retient le lendemain ne se commande pas à l’avance.
Et pour le cas particulier de celui qui écrit ces lignes : pas de spectacle pour enfants, pas de magie de ballons, pas de goûter d’anniversaire. Les enfants le lui pardonnent rarement, mais c’est un autre métier, et il se respecte.
Questions fréquentes
Combien de temps à l’avance faut-il s’y prendre ?
Pour une date en semaine, quelques semaines suffisent souvent. Pour un samedi de mai, juin, septembre ou décembre, il faut compter plusieurs mois : ce sont les périodes où tout le monde organise en même temps. Le bon réflexe est de demander la disponibilité avant d’avoir tout arrêté, quitte à confirmer ensuite.
Faut-il prévoir une scène, une sonorisation, un éclairage ?
Cela dépend entièrement du format. La magie de proximité ne demande rien du tout, ni scène, ni micro, ni lumière particulière. Un passage sur scène, lui, suppose au minimum que la salle entende et voie. C’est une question à poser tôt, parce qu’elle engage le lieu autant que le magicien.
Peut-on combiner plusieurs formats dans la même soirée ?
Oui, et c’est souvent la meilleure formule : de la magie de table pendant le cocktail ou le repas, puis un temps commun où toute la salle regarde la même chose. L’ordre a son importance, et il se décide à partir du déroulé de la soirée, pas à partir du catalogue.
Comment savoir s’il conviendra à des invités qui ne parlent pas français ?
En le lui demandant directement, et en écoutant s’il vous répond par une expérience ou par une intention. Une prestation en anglais n’est pas une traduction : le rythme change, l’humour aussi. Précisez le nombre d’invités concernés et le moment où ils seront là, c’est ce qui permet de préparer les deux versions.