Le regard de Cyril
Savoir ce qu’une personne vient d’écrire en secret, c’est une sensation étrange, presque intimidante. Un soir, je n’avais demandé qu’un prénom. Sur le papier, j’ai trouvé un prénom et un nom de famille : mon spectateur m’en avait donné, sans le savoir, dix fois plus que ce que je demandais. Et là, coup de théâtre pour moi tout seul, j’ai reconnu le nom. Je connaissais cette personne, un professeur de trompette. J’ai donc pu décrire son allure, son métier, le lien exact qui l’unissait à mon spectateur, des choses que personne dans cette salle ne pouvait m’avoir dites, alors que j’avais seulement demandé de penser à un prénom. Je revois encore son visage. Ces instants-là ne se préparent pas : ils arrivent une fois de temps en temps, et rappellent que le hasard, parfois, décide de jouer dans notre camp.